{"id":252,"date":"2021-11-08T13:22:00","date_gmt":"2021-11-08T13:22:00","guid":{"rendered":"https:\/\/tassadanslesmyriades.fr\/?p=252"},"modified":"2021-11-08T13:22:00","modified_gmt":"2021-11-08T13:22:00","slug":"jai-revu-apocalypse-now-final-cut","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/tassadanslesmyriades.fr\/?p=252","title":{"rendered":"J\u2019ai (re)vu \u2013 Apocalypse Now Final Cut"},"content":{"rendered":"\n<p>Hier, apr\u00e8s avoir corrig\u00e9 inlassablement les centaines de copies en ma possession, j\u2019ai regard\u00e9&nbsp;<strong><em>Apocalypse Now<\/em><\/strong>&nbsp;pour la deuxi\u00e8me fois de ma vie. La premi\u00e8re fois c\u2019\u00e9tait lorsque j\u2019\u00e9tais plut\u00f4t jeune, au lyc\u00e9e. Il faut dire qu\u2019alors j\u2019ai cru voir (un gros minet ?) un chef d\u2019oeuvre. Ah, cette jeunesse idiote et na\u00efve ! Enfin, bref.&nbsp;<strong><em>Apocalypse Now&nbsp;<\/em><\/strong>c\u2019\u00e9tait hier soir en version&nbsp;<em>Finul Cut<\/em>&nbsp;(pardonnez l\u2019accent), en fran\u00e7ais : la coupe finale, rien \u00e0 voir avec la coupe de cheveux inexistante de Marlon Brando dans le film. Apr\u00e8s la version&nbsp;<em>Redux<\/em>&nbsp;de 2001 pr\u00e9sent\u00e9e de nouveau \u00e0 Cannes, le r\u00e9alisateur avait fait une petite mise \u00e0 jour en 2019 de son oeuvre rallong\u00e9e et jug\u00e9e trop lourdingue par les critiques; ah, ces critiques !&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pour revoir le film :&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.arte.tv\/fr\/videos\/070724-000-F\/apocalypse-now-final-cut\/\">https:\/\/www.arte.tv\/fr\/videos\/070724-000-F\/apocalypse-now-final-cut\/<\/a><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/unefrancaisedanslalune.wordpress.com\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/capture-decran-2021-11-08-201348.jpg?w=1024\" alt=\"\" class=\"wp-image-2084\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p><strong><em>Arte TV<\/em><\/strong>&nbsp;n\u2019y va d\u2019ailleurs pas par quatre chemins pour parler du film et de sa diffusion. En plus de cela, la soir\u00e9e cin\u00e9ma \u00e9tait sponsoris\u00e9e par Bleu de Chanel, excusez du peu, ce qui signifie aussi que ce n\u2019est pas le simple quidam qui regarde ARTE \u00e0 21h05 le dimanche soir, mais des m\u00e2\u00e2\u00e2\u00e2les qui s\u2019habillent ch\u00e8rement et qui gagnent plus que le SMIC.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Arte pr\u00e9cise ainsi sur son site :&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;Diffus\u00e9e pour la premi\u00e8re fois sur une cha\u00eene fran\u00e7aise, l\u2019ultime version, et \u00ab&nbsp;la meilleure au monde&nbsp;\u00bb&nbsp;selon Francis Ford Coppola, de son film monstre, g\u00e9nial et fou sur la guerre du Vi\u00eatnam, qui symbolise \u00e0 la fois l\u2019apoth\u00e9ose et l\u2019agonie de la culture pop. Dans une chambre d\u2019h\u00f4tel de Saigon, le capitaine Willard d\u00e9lire dans une torpeur suicidaire quand il est emmen\u00e9 pour une mission secr\u00e8te. L\u2019\u00e9tat-major le charge d\u2019\u00e9liminer un haut grad\u00e9, le colonel Kurtz, qui, apr\u00e8s une carri\u00e8re exemplaire, s\u2019est retranch\u00e9 dans la jungle cambodgienne \u00e0 la t\u00eate d\u2019un bataillon de soldats autochtones et, devenu incontr\u00f4lable, m\u00e8ne sa propre guerre avec des m\u00e9thodes \u00ab&nbsp;<em>malsaines<\/em>\u00ab&nbsp;. Un petit bateau de la marine, man\u0153uvr\u00e9 par un \u00e9quipage de quatre hommes, doit permettre \u00e0 Willard d\u2019approcher Kurtz en remontant un fleuve \u00e0 travers la jungle. L\u2019entreprise d\u00e9bute avec le bombardement sauvage d\u2019une zone c\u00f4ti\u00e8re favorable au Vi\u00eat-cong par les h\u00e9licos du colonel Kilgore (litt\u00e9ralement \u00ab&nbsp;Tue-carnage&nbsp;\u00bb), au son de la \u00ab&nbsp;Chevauch\u00e9e des Walkyries&nbsp;\u00bb de Wagner. \u00ab&nbsp;<em>J\u2019aime l\u2019odeur du napalm, le matin\u2026<\/em>\u00ab&nbsp;&nbsp;\u00bbSite web d\u2019ARTE TV<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Cette version&nbsp;<strong>re-re<\/strong>manipul\u00e9e, nettoy\u00e9e de toutes les broutilles, agr\u00e9ment\u00e9e de nouvelles broutilles, \u00e9tait cens\u00e9e r\u00e9hausser la grandeur de l\u2019oeuvre Francisco-Coppolienne. Ainsi, c\u2019est en se r\u00e9veillant un matin en 2019, \u00e0 presque 80 ans, et en se rasant devant le miroir, qu\u2019il se dit qu\u2019une version Redux Again ferait bien l\u2019affaire pour les quarante ans du film. On peut dire que l\u2019ind\u00e9cision de Francis Ford Coppola \u00e0 donner une fin l\u00e9gitime et d\u00e9finitive \u00e0 son propre film, qu\u2019il avait pr\u00e9sent\u00e9 sans g\u00e9n\u00e9rique, et avec deux fins diff\u00e9rentes, n\u2019a pas aid\u00e9 les plus critiques face \u00e0 son travail. En restaurant tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8rement (l\u2019image est plus belle, plus lisse, moins granuleuse) et en remontant ce qu\u2019il restait de la version longue, Coppola retire (carr\u00e9ment!) plus de treize minutes.<\/p>\n\n\n\n<p>Il garde tout de m\u00eame des sc\u00e8nes qu\u2019il avait jug\u00e9 \u00ab&nbsp;cl\u00e9s&nbsp;\u00bb dans son film et que pourtant la production avait choisi de retirer, \u2013 et que m\u00eame les critiques avaient trouv\u00e9 inutiles pour la compr\u00e9hension du film. On retrouve notamment la sc\u00e8ne surr\u00e9aliste des soldats surfeurs sur la plage (sc\u00e8ne tr\u00e8s insistante et longue sur le surf), le colonel torse-poil se pavanant entre les balles et les tirs de lance-roquette. Bien s\u00fbr, je dirais que ce genre de sc\u00e8nes-l\u00e0 a sa place dans l\u2019oeuvre de Coppola. Il veut ainsi se d\u00e9tacher du film \u00ab&nbsp;sur le Vietnam&nbsp;\u00bb pour en faire \u00ab&nbsp;un film sur l\u2019absurdit\u00e9 du monde et de la guerre&nbsp;\u00bb en g\u00e9n\u00e9ral. Un film au ton universel et salvateur donc. Et point de Brice de Nice en vue.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/tassadanslesmyriades.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/tassadanslesmyriades-3-1-1-1024x1024.png\" class=\"wp-image-251\" srcset=\"https:\/\/tassadanslesmyriades.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/tassadanslesmyriades-3-1-1-1024x1024.png 1024w, https:\/\/tassadanslesmyriades.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/tassadanslesmyriades-3-1-1-300x300.png 300w, https:\/\/tassadanslesmyriades.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/tassadanslesmyriades-3-1-1-150x150.png 150w, https:\/\/tassadanslesmyriades.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/tassadanslesmyriades-3-1-1-768x768.png 768w, https:\/\/tassadanslesmyriades.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/tassadanslesmyriades-3-1-1.png 1080w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Affiche du film Apocalypse Now<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>C\u2019est peut-\u00eatre l\u00e0 o\u00f9 le b\u00e2t blesse. Film \u00e0 caract\u00e8re universel veut toujours moraliser. Par ailleurs, c\u2019est bien la qualit\u00e9 du cin\u00e9ma am\u00e9ricain que de vouloir moraliser la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 coups d\u2019h\u00e9licopt\u00e8res et de mitraillettes. En for\u00e7ant le trait sur le personnage mutique de Martin Sheen du d\u00e9but \u00e0 la fin, en filmant de pr\u00e8s son regard vide, son impuissance, Francis Ford Coppola voulait faire comprendre la vacuit\u00e9 de la guerre. La guerre \u2018\u00e0 l\u2019Am\u00e9ricaine\u2019, bien distincte de la guerre \u2018\u00e0 la fran\u00e7aise\u2019 comme dans la sc\u00e8ne d\u2019anthologie du repas fran\u00e7ais, n\u2019est pas une guerre de lib\u00e9ration, d\u2019\u00e9mancipation, de conqu\u00eate ni d\u2019aide aux populations asiatiques, non, la guerre am\u00e9ricaine est une guerre d\u2019id\u00e9ologie. Elle est une guerre pour se donner bonne conscience et c\u2019est l\u00e0 le fond du film de Coppola.<\/p>\n\n\n\n<p>Si ce long m\u00e9trage est long, il n\u2019en est rien : \u00e0 le regarder les minutes passent et s\u2019avalent sans broncher. L\u2019image est belle, la sc\u00e9nographie spectaculaire, les dialogues cisel\u00e9s. D\u2019un point de vue cin\u00e9matographique, on retrouve toutes les caract\u00e9ristiques d\u2019un bon film de la fin des ann\u00e9es 70 et du d\u00e9but des ann\u00e9es 80. On pense \u00e0 la violence d\u2019un Stanley Kubrick et \u00e0&nbsp;<em>Orange m\u00e9canique<\/em>&nbsp;(1971) ne serait-ce que dans le fondu sur l\u2019oeil et l\u2019orbite du protagoniste, la folie de Marlon Brando alias Kurtz et la musique psych\u00e9d\u00e9lique (The Doors, etc.). On pense aussi forc\u00e9ment (in\u00e9luctablement !) au&nbsp;<em>Parrain&nbsp;<\/em>(<em>The Godfather<\/em>) de 1972 par le m\u00eame Coppola avec le m\u00eame Brando et la m\u00eame fa\u00e7on de filmer celui qui a perdu l\u2019esprit. On pense aussi \u00e0<em>&nbsp;Alien \u2013 Le 8\u00e8me passager&nbsp;<\/em>(1979) ou \u00e0&nbsp;<em>La Guerre des \u00e9toiles<\/em>&nbsp;(1977) parce qu\u2019\u00e0 un moment dans le film, les soldats re\u00e7oivent du courrier sur le bateau et un des soldats \u00e9voque la course \u00e0 la conqu\u00eate de l\u2019espace. On pense \u00e0 la folie de Jack Nicholson dans<em>&nbsp;Vol au-dessus d\u2019un nid de coucou<\/em>&nbsp;(1975). On pense \u00e9galement \u00e0 l\u2019aspect symphonique, aux mensonges et \u00e0 l\u2019imposture dans&nbsp;<em>Barry Lyndon&nbsp;<\/em>(1975). On pense au&nbsp;<em>Voyage au bout de l\u2019enfer&nbsp;<\/em>(1978) de Michael Cimino. On pense aux sc\u00e8nes d\u2019\u00e9meutes et de foules \u00e9cras\u00e9es par la chaleur et la faim dans&nbsp;<em>Soleil vert&nbsp;<\/em>(1973). Tout \u00e7a pour dire que&nbsp;<em><strong>Apocalypse Now&nbsp;<\/strong><\/em>ne s\u2019est pas fait tout seul, il est l\u2019accumulation d\u2019un certain nombre d\u2019id\u00e9es et de st\u00e9r\u00e9otypes issus d\u2019un imaginaire cin\u00e9matographique encore br\u00fblant sur la guerre du Vietnam.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1979, la critique de la guerre du Vietnam est encore difficile \u00e0 imaginer dans la culture am\u00e9ricaine qui s\u2019autocensure. La critique est produite par un militantisme dans d\u2019autres milieux que le cin\u00e9ma (la musique par exemple), et m\u00eame la presse semble longtemps \u00e9cart\u00e9e de la guerre\u2026 le personnage du photo-journaliste de guerre \u00e0 la fin du film&nbsp;<em>Apocalypse Now<\/em>&nbsp;est une bonne illustration de ce qu\u2019a pens\u00e9 Francis Ford Coppola des journalistes en g\u00e9n\u00e9ral. Ils seraient probablement tous \u00ab&nbsp;lav\u00e9s du cerveau&nbsp;\u00bb comme Dennis Hopper sous acide (enfin, sous opium\u2026). Silencieux donc coupables ?<\/p>\n\n\n\n<p>En adaptant le roman&nbsp;<strong><em>Au coeur des t\u00e9n\u00e8bres<\/em><\/strong>de Joseph Conrad, Coppola ne prenait pas non plus trop de risques \u00e0 produire un pamphlet contre la guerre. Sa mani\u00e8re de filmer les corps est n\u00e9anmoins symptomatique puisqu\u2019il ne se d\u00e9partit pas d\u2019une image \u00ab&nbsp;d\u2019exotisme&nbsp;\u00bb extr\u00eame, ramenant les Sud-Asiatiques \u00e0 leurs plus bas instincts, livr\u00e9s \u00e0 eux-m\u00eames, comme des corps animaux voire comme des corps indig\u00e8nes qu\u2019on voit aussi dans&nbsp;<em>1492<\/em>&nbsp;(1992) de Ridley Scott.<\/p>\n\n\n\n<p>A force de regarder le film, magnifique en tout point, on s\u2019aper\u00e7oit tout de m\u00eame qu\u2019on n\u2019arrive pas \u00e0 d\u00e9cider s\u2019il est pro-Am\u00e9ricain ou non. Certes, le long m\u00e9trage se positionne dans la longue lign\u00e9e de films \u00ab&nbsp;sur&nbsp;\u00bb la guerre, des \u00ab&nbsp;films de guerre&nbsp;\u00bb, exprimant aussi le sentiment que la guerre est devenue inutile et absurde dans le contexte des ann\u00e9es 70. Cependant, certains moments nous laissent dans le doute et l\u2019expectative :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>le protagoniste est neutre (Martin Sheen), sans v\u00e9ritable action ou \u00e9motion, il est amen\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0terminer\u00a0\u00bb sa mission de mani\u00e8re spectaculaire. On s\u2019attendrait \u00e0 ce qu\u2019il ne termine pas mais il finit par ex\u00e9cuter sa mission comme un bon soldat am\u00e9ricain, comme un\u00a0<em>Terminator<\/em>.<\/li>\n\n\n\n<li>la barbarie est montr\u00e9e de deux points de vue : une barbarie bien ordonn\u00e9e, propre et nette, venue des Am\u00e9ricains, de leurs h\u00e9licopt\u00e8res bien rang\u00e9s, des gros obus qu\u2019ils caressent, de leur napalm sentant frais le matin, tandis que la barbarie injustifi\u00e9e, sauvage, d\u00e9sordonn\u00e9e, sale, cruelle, est celle des Sud-Asiatiques sans cesse ramen\u00e9s \u00e0 des \u00eatres qu\u2019on viendrait aider et qu\u2019il faut voir se civiliser.<\/li>\n\n\n\n<li>le film se focalise sur l\u2019histoire d\u2019un groupe arm\u00e9 qui poursuit une mission qu\u2019une \u00e9quipe pr\u00e9c\u00e9dente n\u2019avait pas r\u00e9ussi \u00e0 terminer. Cette mission d\u00e9place le coeur de la guerre (celle de la boue et de la jungle), sur un long fleuve, certes intranquille, mais hors des sentiers battus, h\u00e9ro\u00efsant quatre ou cinq soldats qui lorsqu\u2019ils meurent font pleurer n\u2019importe quel spectateur un tant soit peu sensible.<\/li>\n\n\n\n<li>le film fait passer les Fran\u00e7ais pour les pires anti-communistes et les plus colonialistes du tableau (la sc\u00e8ne du repas)<\/li>\n\n\n\n<li>le film ne prend jamais clairement parti pour d\u00e9fendre les Sud-Asiatiques dans ce qui \u00e9tait leur guerre devenue mondiale. Il y a bien la sc\u00e8ne du b\u00e9b\u00e9 remis \u00e0 Robert Duvall torse nu au d\u00e9but pour figurer la piti\u00e9 et la violence envers les civils, mais les autres sc\u00e8nes montrent des groupes asiatiques arm\u00e9s, fusill\u00e9s et provocateurs.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Ne serait-ce que pour cela, il faut regarder le film avec du recul. C\u2019est ce qui est int\u00e9ressant avec&nbsp;<em>Apocalypse Now.<\/em>&nbsp;En modifiant plusieurs fois la fin de son ouvrage, Francis Ford Coppola montre que lui-m\u00eame n\u2019\u00e9tait pas s\u00fbr d\u2019apporter une r\u00e9ponse convaincante. Il s\u2019en sort par une pirouette en proposant une fin mystique. Si ce film, pris dans le sens de \u00ab&nbsp;critique de la guerre du Vietnam&nbsp;\u00bb est un chef d\u2019oeuvre, il n\u2019en reste pas moins qu\u2019aujourd\u2019hui il est parfois vu \u00e0 l\u2019inverse comme le film de guerre par excellence, parangon du genre, montr\u00e9 aux soldats tel un mod\u00e8le, mais inapte \u00e0 v\u00e9ritablement d\u00e9noncer quelque chose qui se reproduira dans cette capacit\u00e9 qu\u2019\u00e0 l\u2019Am\u00e9rique \u00e0 s\u2019enliser dans des guerres inutiles.<\/p>\n\n\n\n<p>Je note les choses g\u00e9niales qui sont devenues des arch\u00e9types :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Robert Duvall, vraiment flippant, rappelant Robert de Niro ou Jack Nicholson<\/li>\n\n\n\n<li>la musique (<em>Valkyries<\/em>\u00a0de Wagner, The Doors, les Rolling Stones, les pierres qui roulent\u2026)<\/li>\n\n\n\n<li>les sc\u00e8nes surpeupl\u00e9es, pleines de figurants, de fum\u00e9e, d\u2019explosions, d\u2019\u00e9l\u00e9ments de d\u00e9cors avec long travelling avant<\/li>\n\n\n\n<li>l\u2019\u00e9l\u00e9ment perturbateur du film, et le twist final, nous dissimulant jusqu\u2019au bout un Marlon Brando chauve mais \u00e9veill\u00e9\u00a0<\/li>\n\n\n\n<li>la pr\u00e9sence des soldats Noirs Am\u00e9ricains, figures qui ne seront presque jamais vraiment reprises dans les films de guerre suivants (ou alors tr\u00e8s peu, merci Laurence Fishbune et Albert Hall !)<\/li>\n\n\n\n<li>On sent aussi que le film fut \u00e9prouvant pour l\u2019\u00e9quipe, on voit que l\u2019horreur sur les visages n\u2019est pas feinte, que le d\u00e9go\u00fbt est pr\u00e9sent aussi chez les acteurs n\u2019incarnant pas seulement les personnages mais vivant l\u2019action au plus pr\u00e8s.\u00a0<em>Apocalypse Now<\/em>\u00a0entra\u00eena m\u00eame un \u00e9puisement collectif chez certains et une mise en retrait du cin\u00e9aste pendant deux ou trois ans.<\/li>\n\n\n\n<li>l\u2019affiche sublime, devenue pur produit de la pop culture<\/li>\n\n\n\n<li>des moments qui se rapportent \u00e0 la culture am\u00e9ricaine, \u00e0 sa propre construction mythologique<\/li>\n\n\n\n<li>les moments o\u00f9 Coppola laisse entr\u2019apercevoir une Am\u00e9rique rapace : la sc\u00e8ne des playmates, la sc\u00e8ne de l\u2019article de journal sur la tuerie de Charles Manson\u2026<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>En somme, un chef d\u2019oeuvre de divertissement et un film \u00ab&nbsp;\u00e0 cl\u00e9s&nbsp;\u00bb dans lequel le soupir final de Marlon Brando (\u00ab&nbsp;<em>the horror<\/em>\u00ab&nbsp;) n\u2019est pas que le reliquat d\u2019un pass\u00e9 vivace et sanglant, mais une ouverture vers un futur qui s\u2019est construit sur une absurdit\u00e9. La phrase de la femme fran\u00e7aise (Roxanne) dans le film \u00ab&nbsp;il y a deux parts chez un homme, un homme qui aime et un homme qui tue&nbsp;\u00bb r\u00e9sume l\u2019enti\u00e8ret\u00e9 d\u2019<em>Apocalypse Now<\/em>: il y a deux Am\u00e9riques, bipolaires, une Am\u00e9rique qui aime son prochain et l\u2019autre qui tue.<\/p>\n\n\n\n<p>Attention : ce film est conseill\u00e9 aux \u00ab&nbsp;plus de 16 ans&nbsp;\u00bb. Les sc\u00e8nes sont particuli\u00e8rement traumatisantes. Il reste un bon cas d\u2019\u00e9tude pour les \u00e9tudiants en histoire contemporaine.<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9alisation : Francis Ford Coppola<\/p>\n\n\n\n<p>Avec :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Marlon Brando (Colonel Walter E. Kurtz)<\/li>\n\n\n\n<li>Robert Duvall (Lt. Colonel Bill Kilgore)<\/li>\n\n\n\n<li>Martin Sheen (Capitaine Benjamin L. Willard)<\/li>\n\n\n\n<li>Frederic Forrest (Jay \u00ab\u00a0Chef\u00a0\u00bb Hicks)<\/li>\n\n\n\n<li>Albert Hall (Chef Phillips)<\/li>\n\n\n\n<li>Sam Bottoms (Lance B. Johnson)<\/li>\n\n\n\n<li>Dennis Hopper (le journaliste)<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Sign\u00e9 Tassa<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J\u2019ai revu Apocalypse Now<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[17,8],"class_list":["post-252","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cinema","tag-cine-a","tag-cinema"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/tassadanslesmyriades.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/252","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/tassadanslesmyriades.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/tassadanslesmyriades.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/tassadanslesmyriades.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/tassadanslesmyriades.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=252"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/tassadanslesmyriades.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/252\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/tassadanslesmyriades.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=252"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/tassadanslesmyriades.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=252"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/tassadanslesmyriades.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=252"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}