{"id":309,"date":"2023-03-17T14:43:00","date_gmt":"2023-03-17T14:43:00","guid":{"rendered":"https:\/\/tassadanslesmyriades.fr\/?p=309"},"modified":"2024-08-07T14:47:23","modified_gmt":"2024-08-07T14:47:23","slug":"jai-vu-canailles-critique-de-film-comedie-dramatique-2022","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/tassadanslesmyriades.fr\/?p=309","title":{"rendered":"J\u2019ai vu Canailles [Critique de film, com\u00e9die dramatique,\u00a02022]"},"content":{"rendered":"\n<p>Le cin\u00e9ma fran\u00e7ais fait son chemin. Apr\u00e8s mes incursions dans la <a href=\"https:\/\/unefrancaisedanslalune.com\/2023\/01\/09\/la-tres-tres-grande-classe-2022-cinema\/\">beaufitude franchouillarde<\/a>, le <a href=\"https:\/\/tassadanslesmyriades.fr\/?p=129\">divorce \u00e0 la fran\u00e7aise<\/a>, et la <a href=\"https:\/\/tassadanslesmyriades.fr\/?p=119\">crise de la masculinit\u00e9<\/a>, je me rends coupable de f\u00e9tichisme du mauvais film. Oui je l\u2019avoue, j\u2019exulte \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019offrir une critique qui garnira mon blog avec mon air bourgeois de \u00ab je sais tout \u00bb du cin\u00e9ma. J\u2019avoue. J\u2019avoue. Mais j\u2019accuse aussi les bo\u00eetes de production et de distribution fran\u00e7aises qui font le beurre d\u2019une industrie bancale pour le cash et moins pour la gloire (y a pas de mal \u00e0 chercher la gloire). Le truc c\u2019est qu\u2019au bout d\u2019un moment, m\u00eame si cela fonctionne aupr\u00e8s d\u2019un certain public, v\u00e9hiculer de tels clich\u00e9s ne peut \u00eatre que contreproductif \u2026<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai donc vu <strong><em>Canailles<\/em><\/strong>, film sorti en 2022 et r\u00e9alis\u00e9 par Christophe Offenstein. En voyant l\u2019affiche, on oscille entre le genre de la grosse com\u00e9die Cluzet\/Garcia\/Tillier, sortes de mastodontes du cin\u00e9ma populaire actuellement, et le genre dramatique du braquage, tradition qu\u2019en France on aime bien traiter de temps en temps.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant adapt\u00e9 du roman de Iain Levison (Une canaille et demie) datant de 2006, le sc\u00e9nario ne me semble pas du tout fid\u00e8le \u00e0 l\u2019esprit du livre original\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est l\u2019histoire d\u2019un casse qui tourne mal, et du braqueur en fuite, qui atterrit chez le prof d\u2019histoire qui n\u2019a rien demand\u00e9. Une enqu\u00eatrice se met en t\u00eate de le retrouver.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 c\u2019est aussi simple que cela. Le synopsis est classique. L\u2019entr\u00e9e en mati\u00e8re est tout aussi classique. On commence par un braquage, un peu b\u00e2cl\u00e9, puisque on n\u2019a pas ou peu d\u2019implication du personnage central dans le braquage en tant que tel. La personnalit\u00e9 du braqueur jou\u00e9 par Fran\u00e7ois Cluzet n\u2019est pas \u00ab expliqu\u00e9e \u00bb ni \u00ab racont\u00e9e \u00bb, et ne transpara\u00eet qu\u2019\u00e0 travers une gestuelle faite de r\u00e2les, de grognements et d\u2019invectives.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019y a pas de ressorts comiques dans ce long m\u00e9trage qui s\u2019est vendu comme une com\u00e9die. Si Dora Tillier, Fran\u00e7ois Cluzet et Jos\u00e9 Garcia sont connus pour des drames comme pour des com\u00e9dies, on voit que dans ce film, ils ont voulu jouer la carte de la trag\u00e9die plut\u00f4t que de l\u2019humour. Le braqueur est \u00e9nerv\u00e9 puis calme puis \u00e9nerv\u00e9, le professeur d\u2019histoire jou\u00e9 par Jos\u00e9 Garcia feint l\u2019\u00e9tonnement, la peur, la col\u00e8re, mais on n\u2019arrive jamais \u00e0 toucher du doigt la juste \u00e9motion. C\u2019est l\u00e0 que la direction d\u2019acteurs fait plouf. Car aucun de ces trois acteurs n\u2019est mauvais \u00e0 la base.<\/p>\n\n\n\n<p>Le film p\u00e2tit du lourd h\u00e9ritage de la tradition burlesque \u00e0 la fran\u00e7aise. Plut\u00f4t que de tirer \u00e0 gros traits les ficelles du film de braquage, le cin\u00e9aste Christophe Offenstein a choisi un style plus bateau, celui du t\u00e9l\u00e9film, car on sent presque la cam\u00e9ra pos\u00e9e comme si on tournait une publicit\u00e9 ou l\u2019\u00e9pisode d\u2019une s\u00e9rie. Point d\u2019ambiance rocambolesque \u00e0 base de jeux de mots comme dans L<strong><em>es Tontons flingueurs <\/em><\/strong>(1963), point de col\u00e8res l\u00e9gendaires comme dans <strong><em>Le p\u00e8re No\u00ebl est une ordure <\/em><\/strong>(1982), pourtant on assiste bien \u00e0 la joute verbale entre une ordure (le braqueur) et un bras cass\u00e9 (le prof). Il n\u2019y a aucune volont\u00e9 de parodier le genre non plus (comme dans <a href=\"https:\/\/unefrancaisedanslalune.com\/2023\/01\/09\/lannee-du-requin-2022-cinema\/\">L\u2019ann\u00e9e du requin <\/a>de 2022). Dora Tillier joue l\u2019enqu\u00eatrice de la police, tr\u00e8s s\u00e9rieuse, elle est impeccable et implacable. Elle sait ce qu\u2019elle veut. Elle met le hol\u00e0 dans la rue lorsque la jeunesse se d\u00e9prave (c\u2019est pas moi qui le dit c\u2019est le film qui le montre). Maman mod\u00e8le (ou pas), elle a de l\u2019id\u00e9e, et vous allez voir que \u00e7a la m\u00e8nera loin \u2026 son r\u00f4le tr\u00e8s s\u00e9rieux et concret emp\u00eache le film d\u2019entrer dans la com\u00e9die avec les deux pieds. On est donc le cul entre deux chaises, sans aucune attente particuli\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re demi heure est pass\u00e9e, Cluzet a hurl\u00e9 comme un putois en boitillant et Garcia s\u2019est fait tabasser\u2026 \u00e0 partir de l\u00e0, plus rien ne va dans la gestion des personnages. Oui parce qu\u2019on pourrait presque parler de management des personnages, tant je pense qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 trait\u00e9s comme employ\u00e9s d\u2019une succursale annexe du cin\u00e9ma fran\u00e7ais. On ne sait pas bien ce qui s\u2019est pass\u00e9 pour que cela se d\u00e9roule ainsi. On ne sait pas comment ressentir un malaise avec les sous intrigues (le prof et l\u2019\u00e9tudiante, sans spoiler), ou l\u2019histoire entre la flic et le prof (sans spoiler). On fr\u00f4le la \u00ab g\u00eanance \u00bb maximale et c\u2019est moins bien que la \u00ab kiffance \u00bb, parce qu\u2019on perd du temps \u00e0 se dire \u00ab mais je n\u2019aurais jamais fait comme \u00e7a \u00bb. Il y a aussi beaucoup d\u2019incoh\u00e9rences dans ce film. L\u00e0 o\u00f9 celui-ci devrait proposer une descente aux enfers ou une spirale infernale, aucun motif de ce genre (ou alternatif, comme dans <strong><em>9 mois ferme,<\/em><\/strong> 2013) n\u2019est pr\u00e9sent\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>On ne voit d\u2019ailleurs aucun hommage cin\u00e9matographique dans le sc\u00e9nario. Point de quiproquos comme dans <strong><em>Les Trois Fr\u00e8res<\/em><\/strong> (1995) ou les \u00e9ternels films de duos iconiques : <strong><em>La Ch\u00e8vre<\/em><\/strong> (1981) ou <strong><em>Le Boulet <\/em><\/strong>(2002). Jos\u00e9 Garcia aurait \u00e9t\u00e9 tellement bien dans un r\u00f4le plus comique, faisant gaffe sur gaffe. On comprend son envie d\u2019avoir choisi le registre dramatique pour satisfaire probablement un besoin de \u00ab faire autre chose \u00bb. Fran\u00e7ois Cluzet devient son propre clich\u00e9, et ce n\u2019est pas la premi\u00e8re fois qu\u2019il le fait. Il est le personnage gueulard des <strong><em>Petits mouchoirs <\/em><\/strong>de Guillaume Canet ou pince sans rire <strong><em>d\u2019Intouchables<\/em><\/strong> (2011). Malheureusement, l\u2019alchimie entre les acteurs n\u2019existe pas. Le film tourne en rond et dans le vide. La fin, qui devrait constituer un retournement de situation essentiel \u00e0 la r\u00e9solution du film, nous laisse sans voix parce qu\u2019on n\u2019y attache finalement aucune importance. Sur le papier, cela devait para\u00eetre all\u00e9chant. Mis en sc\u00e8ne, on n\u2019est pas loin d\u2019un loup\u00e9 s\u00fbrement li\u00e9 au budget. La r\u00e9solution tr\u00e8s \u00ab cheap \u00bb se d\u00e9roule dans une voiture puis dans une cuisine, mais on ne ressent aucune affinit\u00e9 avec les personnages et aucune accointance avec le c\u00f4t\u00e9 \u00ab vilain \u00bb (anglicisme) des personnages (qui ont tous quelque chose \u00e0 se reprocher). Il n\u2019y a m\u00eame pas l\u2019effet de huis clos. Car ce qui aurait d\u00fb \u00eatre un film de braquage \u00e0 suspens avec un huis clos int\u00e9ressant entre deux personnages dans une maison, un thriller haletant dot\u00e9 d\u2019un trio dont chaque histoire est myst\u00e9rieuse, finit pour n\u2019\u00eatre qu\u2019un gloubi-boulga sans nom d\u2019effets de manche.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019est m\u00eame pas un film cousu de fils blancs (au contraire puisqu\u2019on est \u00e9tonn\u00e9s par la fin), c\u2019est juste un mauvais film par son traitement. On attend mieux d\u2019acteurs qui ont plus de quinze ans de carri\u00e8re derri\u00e8re eux\/elles. Le r\u00e9alisateur est s\u00fbrement meilleur pour filmer <strong><em>Orelsan <\/em><\/strong>ou les enfants de <strong><em>Plac\u00e9s<\/em><\/strong>\u2026 on dira donc que c\u2019est une erreur de parcours.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">Sign\u00e9 Tassa<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le cin\u00e9ma fran\u00e7ais fait son chemin. Apr\u00e8s mes incursions dans la beaufitude franchouillarde, le divorce \u00e0 la fran\u00e7aise, et la crise de la masculinit\u00e9, je me rends coupable de f\u00e9tichisme du mauvais film. 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