20260727_Le sens de la fête (film)

Film orchestre aux multiples personnages, Le sens de la fête (Olivier Nakache et Eric Toledano, 2017) prend la perspective traditionnelle du film de mariage du cinéma français. Il y avait déjà eu Mariages !, un film français réalisé par Valérie Guignabodet sorti en France en 2004. Ce dernier bon chic bon genre, mais génial dans son explositivité, prenait malheureusement le parti de la passion amoureuse, excusant la violence masculine et misogyne jusqu’au bout. Il y a aussi eu Jour J (2017), Plan de Table (2012) et Le Discours (2020), films, moins sur le mariage, que sur l’habituelle confrontation et discussion exubérantes autour d’un repas. Le sens de la fête ne déroge pas à la règle. On entend crier, hurler, les invectives volent, les insultes aussi. Tout est très français.

Synopsis de wikipédia : Max est traiteur depuis trente ans. Des fêtes, il en a organisées des centaines. Aujourd’hui c’est un sublime mariage dans un château du 17e siècle, un de plus, celui de Pierre et Héléna. Comme d’habitude, Max a tout coordonné, mais la loi des séries va venir bouleverser un planning sur le fil où chaque moment de bonheur et d’émotion risque de se transformer en désastre ou en chaos.

Ce qui fait la différence, ce sont les dialogues très ciselés. Il n’y a pas de temps mort, contrairement à beaucoup de films français. A chaque instant, une réplique fuse, un regard en coin, une idée scénaristique brillante, ne cédant pas à la facilité du « déjà-vu », pour proposer la perspective la plus réjouissante qui soit : afin d’éviter le film 100% bobo bourgeois, Toledano et Nakache prennent le point de vue d’un organisateur de mariage. Max et son équipe de triples bras cassés. Chacun et chacune voit son personnage étoffé d’une sorte d’aura du pire caractère, de la pire histoire, pour tirer, en fin de compte, son épingle du jeu.

Point de discours sous-jacents libidineux ou moralisateurs, juste, le regard de Max à la toute fin, rôle brillamment interprété par Jean-Pierre Bacri. Si j’ai parlé de film orchestre au début, c’est que, plus encore qu’un film choral à casting cinq étoiles, dont on nous rabache souvent les oreilles dans le cinéma hexagonal, Le sens de la fête se joue en fonction d’un rythme bien précis : musique prépondérante, même lorsuqu’on entend l’agaçant (c’est exprès) Gilles Lellouche, film divisé en séquence comme au théâtre selon un découpage horaire cadencé, personnages en mouvements, jonglant avec la situation pourtant inévitablement restreinte du lieu du mariage…

Et surtout… Le sens de la fête n’est pas tant un film sur le mariage qu’un film sur le cinéma. C’est toujours le problème lorsque des réalisateurs rencontrent un succès fou (Intouchables !), on se demande ce qu’ils vont encore inventer pour exister. Bien souvent, ils finissent par se « regarder » filmer. On ne compte plus les films nombrilistes ! (coucou Guillaume Canet). Ce film aurait pu être le film autocentré de Nakache et Toledano, mais, subtilement ils égrènent de légers indices au sein du long métrage :

Max, c’est le cinéaste, le metteur en scène, qui gère l’ingérable, le cinéma de bric et de broc, celui qu’on aime, le ciné des cinoches, des cinéphiles; fait de bouts de ficelles. Max s’accroche à la confiance qu’il porte à son équipe, toutefois, son équipe se déchire, refuse de porter des costumes qui sentent le renfermé, la poussière, le vieux film désuet, ringard, le spécialiste de la photographie (campé par Jean-Paul Rouve) refuse la modernité, les téléphones portables, la technologie, les nouvelles façons de faire ; son chanteur est plus démodé encore. Gilles Lellouche hurle plus qu’il ne chante: c’est le comédien bourru qu’on essaye de faire entrer dans le cadre alors que son tempérament est tempétueux, et que les paparazzi attendent au coin de la rue à la prochaine incartade. Il y a également le stagiaire, qui voit défiler devant ses yeux la dure réalité du monde professionnel. On trouve aussi l’acteur râté qui n’assume pas son rôle (Vincent Macaigne, excellent comme toujours).

Autre parallèle : c’est Adèle, jouée par Eye Haïdara, excellente actrice, assistante du chef, qui veut une promotion, mais ne sait pas gérer ses émotions. Elle cherche, dans ce monde de fou, à louvoyer pour que le fil du film se déroule correctement. En tenant les ficelles des marionnettes autour d’elle, elle finit par lâcher prise, et à comprendre où se trouve la véritable émotion.

Parmi les invités des mariés, on trouve aussi les vieux oncles et tantes ou vieux amis de la famille qui réclament à coeur perdu des chansons surannées, déjà depuis longtemps dépassées, et que même ma mère ne connaît pas. C’est le camp du cinéma d’antan. L’on sent que Nakache et Toledano refusent tout de même le déploiement de nostalgie au cinéma. Ils restent ancrés dans quelque chose de résolument contemporain, sans verser dans le « cinéma du futur ». Ce n’est pas tout à fait le cinéma « social », le film « de gens », c’est un film miroir, tourné vers le présent, qui ne sait pas de quoi l’avenir est fait. Le sens de la fête gravite autour d’un casting osé, talentueux, se moquant aussi de la famille des mariés, les commanditaires, en quelque sorte… les producteurs (au sens français du terme) ou financeurs.

Lorsque le marié, Benjamin Lavernhe fait un discours de plus d’1h sur lui-même et s’envole en ballon dans le ciel de la nuit étoilée, la parenthèse est refermée, mais le pied dans la porte la laisse entrouverte : le cinéma, lorsqu’il essaie de correspondre aux attentes des grands financiers, se perd parfois dans les limbes du gigantisme et si le public applaudit, émerveillé, le film, lui, perd de son charme. Il reprend vite de son piment lorsque le vernis craque, qu’apparaissent les failles et que l’ego-trip est terminé. Tout compte fait, quand les acteurs et les membres de l’équipe improvisent, tout deveint croustillant. Le financier est envoyé valdinguer dans un champ. Le cordon ombilical du producteur autoritaire est rompu. Max, le cinéaste, et son équipe de pieds nickelés, prennent le contrôle car ils sont les « vrais gens » dans ce décor de pacotille et tout le monde se réconcilie, ou presque, puisque les cons restent des cons.

Le film n’est jamais meilleur que lorsque qu’il opère côté coulisse et que les parties censées être élégantes du château sont filmées dans des angles étranges ou bien lorsque, pour éviter un contrôle fiscal sur ses travailleurs non déclarés, Max leur propose de se mélanger parmi les invités, en quittant leur costume de laquais. En se fondant dans le décor, ils prennent une place d’ampleur. Là où la catastrophe devait arriver arrive le miracle.

Bravo à Nakache et Toledano.


Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *