20260728_Frankenstein (film, 2025, Guillermo del Toro)

Frankenstein de Guillermo del Toro est un film hybride. C’est un film de monstre, certes, comme le cinéaste du Labyrinthe de Pan (2006) ou du remake de Pinocchio (2022) aime à en fabriquer. Habitué aux remakes donc, le réalisateur s’est attelé à un autre monstre du cinéma, et surtout de la littérature. Il a su entremêler dans cet hommage audacieux et haut en couleurs, citations clés et références au gothique flamboyant. Toutefois, c’est dans le registre horrifique que le film trouve une intensité. L’image est soignée, mais toujours un peu « gadget », travaillée, sûrement, pour correspondre à une esthétique commune aux films de Guillermo del Toro, tout en proposant un jeu d’acteur prompt à faire aimer la Créature (Jacob Elordi) et à avoir peur du Créateur (Oscar Isaac). Le mythe de Frankenstein est un pur produit cinématographique. Par l’image, l’ampleur de la monstruosité nous frappe. Les détracteurs de Guillermo del Toro diront que le film est édulcoré, pas du tout respectueux du gothique anglais. En effet, si la Créature est réussie, elle ressemble beaucoup plus à celles des films de science-fiction (on dirait presque un alien dans Alien). Et d’ailleurs, tout dans le film s’approche plus de la science-fiction que d’un récit mythologique gothique.

D’abord, le navire où se trouve le Créateur rescapé qui conte son histoire, représente une nef échouée dans les glaciers, filmée d’une telle façon qu’on dirait un vaisseau dans l’espace. Ensuite, le laboratoire dans la vieille tour où opère Victor Frankenstein, ressemble plus à celui des Marvels et Hulk ou autres Quatre Frantastiques, les instruments savants, la place de l’électricité et des fluides, des mécanismes démontrent ici l’influence cinéphile du metteur en scène, qui ne cache pas sa passion pour des films tels que le Septième Sceau d’Ingmar Bergman, ou Brazil de Terry Gilliam… Sa principale source de références fut le Frankenstein de 1931 réalisé par James Whale, entre épouvante et science-fiction.

Enfin, la scène de fin, qui reprend les codes de la SFFF, le désert, le soleil rasant, la solitude au milieu d’une nature tempétueuse. La créature de Frankenstein libère un navire dans les flots impétueux et devient un super-héro Marvel à son tour.

Et même lorsque la Créature est en quête de vérité, dans une vieille ferme perdue au milieu de la campagne, et qu’elle trouve enfin un mentor dans la personne d’un ancien, aveugle et aux cheveux blancs, la scène s’approche plus vraisemblablement d’une scène typique d’apprentissage dans des films comme Star Wars.

Une fois rencontré son Yoda, la Créature apprend des livres, des mots qui la libèrent des maux. Par ce respect-là de l’importance de la littérature, le film prend une teneur philosophique. Mia Goth dans le rôle de Lady Elizabeth s’est transformée en un hommage à Mary Shelley, dans sa passion pour les sciences, sa fascination pour la recherche de la beauté dans toutes vies animales ou humaines.

Le film ne pardonne pas la cruauté humaine et fait vivre la Créature, sans tourner à la fascination malaisante ou obscène. Guillermo del Toro apporte de l’humanité à celui à qui on a donné une immortalité qui lui fait souffrir comme un martyr. Ce Frankenstein est déjà un peu kitsch, mais il est très divertissant.


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