20260729_Antoinette dans les Cévennes (film, 2020), éco-anxiété et pile à lire

Mon éco-anxiété et ma nostalgie

Mon éco anxiété selon la publication du gouvernement ce n’est pas un sac en plastique qui m’étouffe, c’est pire. C’est ce qu’une partie de mes ami•es ou de ma famille ne vit pas au quotidien. Ce ne sont pas des symptômes à guérir comme dans une thérapie de conversion créée par la droite conservatrice. C’est une mutilation. Ce n’est pas un syndrome psy. C’est une amputation. Ce n’est pas qu’une angoissante pensée du futur qui nous assaille. C’est le présent qui nous tue à petit feu. C’est un deuil quotidien. Une douleur physique ressentie. De vrais symptômes aggravés des maladies chroniques. Des morts et des victimes tous les jours. Animaux humains comme non humains. Flore. Faune. Tous tombent de chagrin. À l’opposé du gouvernement qui fait un déni de la situation, refuse de parler du réchauffement climatique, pointe du doigt de faux coupables, ne cherche pas de solution, n’écoute pas les souffrances du peuple qu’il représente. Alors que le présent tue, le futur annihile. La jeunesse, dans son militantisme, rend les boomers apathiques. La jeunesse crie. Hurle. Et chaque hurlement et comme une épine dans tous les os de mon corps. Mais ça, la publication du gouvernement ne le dit pas.

Un âne et un film

Antoinette dans les Cévennes est une comédie française, écrite et réalisée par Caroline Vignal, sortie en 2020.

Pour résumer, Antoinette Lapouge (Laure Calamy), institutrice, attend avec impatience ses vacances d’été prévues avec son amant Vladimir Loubier (Benjamin Lavernhe), père d’une de ses élèves, Alice. En apprenant que Vladimir ne peut pas venir car Éléonore (Olivia Côte), son épouse, a organisé une randonnée surprise dans les Cévennes avec leur fille et un âne, Antoinette décide de suivre leur trace sur le chemin de Stevenson, seule avec un âne nommé Patrick.

Ce film est un délice. Je ne saurais comme décrire la façon légère qu’il a d’être libérateur. Qu’on soit jeune ou pas jeune, qu’on cherche à quitter n’importe quelle forme d’emprise ou de lassitude ou d’ambiance toxique, chacun et chacune d’entre nous se retrouve un peu dans ce long métrage. Au rythme des pas de l’âne, Antoinette ne se tranquillisera jamais tout à fait. Ce n’est qu’à la Fin qu’elle réalise. Et cette réalisation est un peu l’aboutissement, le but concret d’un film : d’être passée d’un sentiment à un autre, d’une émotion forte à une autre, jusqu’à la catharsis, au soulagement profond.

Filmé dans un très beau décor (les Cévennes en été), le film emprunte à la fois au road trip féminin, au buddy movie (l’ami étant l’âne), au coming of age movie, ainsi qu’au film d’introspection, tout en assumant rester ce qu’il est : une comédie. Et c’est là assez rare pour le dire. Aussi rare qu’un César fut attribué au premier rôle (la merveilleuse Laure Calamy). Une comédie française !

Et justement, le film ne va pas sans problème interne. Quelques lenteurs au début. Un personnage principal et son antagoniste, irritants au plus haut point. Une justification très mauvaise pour voyager. Quelques scènes gênantes pendant les trente premières minutes. Je n’étais pas sûre d’apprécier correctement le film, jusqu’à ce que la réalisatrice face l’effort de laisser toute sa place à l’idée même d’une longue randonnée et d’une femme seule avec un âne au milieu de la nature. En fait, je dirais qu’on a là le prototype même du bon très bon roman de l’été. Addictif.


Portée PAL

Je lis Le Livre des Baltimore de Joël Dicker et j’avoue ne pas aimer du tout, malgré les fulgurances et références historiques. Le héros est assez détestable. Le résumé de Wikipedia dit :

Le Livre des Baltimore raconte l’histoire croisée des membres de la famille Goldman, dont les choix de vie de chacun d’entre eux les ont menés vers deux directions opposées:

-Les Goldman-de-Montclair, dont est issu Marcus Goldman, le narrateur de La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert, sont une famille de la classe moyenne, habitant une petite maison à Montclair, dans le New Jersey.

-Les Goldman-de-Baltimore sont une famille prospère à qui tout sourit, vivant dans une luxueuse maison d’une banlieue riche de Baltimore, à qui Marcus vouait une admiration sans borne. 

Au gré des souvenirs de sa jeunesse, Marcus revient sur la vie et le destin des Goldman-de-Baltimore et la fascination qu’il éprouva jadis pour cette famille de l’Amérique huppée, entre les vacances à Miami, la maison de vacances dans les Hamptons et les frasques dans les écoles privées. Mais les années passent et le vernis des Baltimore s’effrite jusqu’au jour où un drame vient tout bouleverser. Et cette question qui hante Marcus depuis : qu’est-il vraiment arrivé aux Goldman-de-Baltimore ?

J’ai terminé Babel de R.F. Kuang. Jusqu’ici l’une de mes meilleures lectures de l’été et de l’année. Si le livre est un poil trop long, chaque détail a sa place dans l’intrigue, saupoudrée de fantastique. Ce roman, situé dans un Oxford du XIXe siècle, dissimule un en vérité un pamphlet historique et décolonial de l’institution. L’autrice installe ainsi une ambiance délétère dans un bâtiment appelé Babel, constitué de traducteurs et traductrices étrangères sous la joug des professeurs titulaires.
L’ouvrage est paru sous le titre de Babel, ou la Nécessité de la violence : une histoire occulte de la révolution des traducteurs d’Oxford est un roman de fiction spéculative publié en 2022 par R. F. Kuang. L’intrigue se déroule, en effet, dans une version fantastique d’Oxford, en Angleterre, dans les années 1830, et s’achève en 1840. Sur le plan thématique, comme nous le rappelle la page Wikipedia, l’ouvrage rappelle la première série de l’autrice, La Guerre des pavots (2018-2020) : il critique l’impérialisme britannique, le racisme et le capitalisme, ainsi que la complicité du monde universitaire, du savoir et du langage dans leur perpétuation et leur facilitation.

Orphelin originaire de Canton, un jeune garçon est recueilli par Richard Lovell, un professeur de Babel, et reçoit le nom anglais de Robin Swift. Lovell fait instruire Robin en latin, en grec et en mandarin afin de le préparer à l’admission à Babel. Il apparaît rapidement que Lovell est le père biologique de Robin, bien que ni l’un ni l’autre ne soit disposé à aborder ce sujet ouvertement. Un jour, Robin humilie Lovell en arrivant en retard à l’une de ses leçons ; il est alors brutalement battu et menacé d’être renvoyé à Canton pour y vivre dans la pauvreté. Malgré cela, Robin excelle dans ses études et, après sept ans, est admis à Babel pour y devenir traducteur et avoir un rôle majeur dans le bon déroulement de l’empire.

Screenshot

J’ai acquis en Angleterre, ce livre. Je tiens à le lire cet été.

La Maison des feuilles de Mark Z. Danielewski est un roman expérimental et labyrinthique paru en 2000, souvent décrit comme une satire de la critique universitaire ou un roman fantastique existentialiste.

L’histoire suit Johnny Truant, un jeune homme qui découvre le manuscrit d’un universitaire décédé, Zampanò, consacré à un documentaire intitulé The Navidson Record. Ce documentaire, qui n’existe pas dans la réalité du lecteur, filme une maison apparemment ordinaire dont l’intérieur se révèle être plus grand que l’extérieur, avec des corridors sombres et des espaces impossibles qui défient les lois de la physique.

Le roman se distingue par sa forme radicale : la mise en page du texte varie constamment (typographies, couleurs, orientations, collages), reflétant le chaos psychologique des personnages et la nature déstabilisante de la maison. C’est une immersion dans un système textuel qui sollicite la curiosité, la peur et l’angoisse, tout en explorant les thèmes de l’isolement, de la folie et de la manière dont le langage et le savoir tentent – et échouent souvent – à appréhender l’inconnu.


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