20260802_Insomnia (Film, 2002) et autres dvd

le melon 🍉

salut ! Je me suis mise sur Substack et quoi d’autres … pas grand chose …

Ah si, aujourd’hui, j’ai appris que je pouvais utiliser la peau du melon pour faire de la confiture ou une huile aromatisée. De la même manière que je peux utiliser des feuilles de figuier pour faire une huile qui goûte le figuier. C’est plutôt classe ça.

Vieux films 🍿

J’ai continué de regarder les films de ma DVDthèque et je me suis aussi mise à ré-ranger les dvd en question. Vous m’excuserez si par contre, je n’ai pas regardé 2012, le film catastrophe – car je l’ai revu il n’y a pas très longtemps.

Screenshot

Argo

Le premier film de la journée a été Argo de Ben Affleck et produit par George Clooney. Je l’ai déjà vu plusieurs fois et il ne cesse pas de m’impressionner à chaque fois. Si le film est bien écrit, j’ai été encore plus touchée à la fin par l’image de la femme qui fuit en Irak à la fin. Ben Affleck aura pu ainsi montrer en 1 seconde ce qui aurait pu être un autre film. Il faudrait en effet raconter l’autre version d’Argo, l’autre version de cette histoire d’otages libérés en Iran… 🇮🇷 des images insoutenables qui n’ont pas tant vieilli. Il faudrait donc un Argo inversé., qui montrerait non pas uniquement ce qu’une petite poignée de diplomates d’une élite américaine est devenue, mais parler des traducteur•ices, celleux qui donnaient leur vie en renseignant, en rencardant, en espionnant, en hébergeant, en dissimulant …

En tout cas, cela confirme que j’aime beaucoup le mélange de genre : film politique, film enquête – journalistique, approche documentaire et le film d’espion (ici, la CIA bien sûr !)

Argo (2012) s’inscrit dans la lignée de plusieurs films :

• Le thriller politique/historique d : dans la veine de films comme Les Trois Jours du Condor ou Munich de Spielberg, mêlant faits réels et tension dramatique

• Le film d’espionnage sur la CIA : proche de l’excellent Zero Dark Thirty (sorti la même année) ou La Taupe

• Le “based on true story” à la Hollywood : dans la tradition des films qui romancent un événement historique méconnu, comme Vol 93 ou Capitaine Phillips

Une touche de satire sur Hollywood : le sous-texte du film dans le film (utiliser un faux tournage pour infiltrer l’Iran) rappelle des œuvres qui se moquent gentiment de l’industrie du cinéma elle-même

C’est surtout ce mélange entre thriller de tension (le dénouement à l’aéroport) et reconstitution historique fidèle (la crise des otages iraniens de 1979-1980) qui a valu au film son Oscar du meilleur film en 2013.

A Cappella

J’ai ensuite regardé A Cappella film sud-coréen de Lee Sujin sur le viol et les VSS qui parle du silence autour de ce genre d’affaire, de l’indifférence qui peut vite tourner en un poison mortel dans une société gangrénée par l’individualisme. C’est l’actrice principale qui est remarquable : Chun Woo-hee qui interprète la jeune Han Gong-joo, lycéenne maltraitée par la police, la société, sa famille et ses amis, tandis que la justice lui a donné raison. J’ai adoré ce film tant il est bien écrit, précis et porté par un superbe casting. Toutefois, il est dur à regarder. Il est difficile de soutenir le regard de cette jeune Han Gongju, de ses larmes, de voir par bribes des scènes si violentes et horribles (à peine montrées, mais qu’on imagine sans peine). La spectatrice que je suis, traumatisée, cherche à savoir si le film connaîtra un bon dénouement, un soupir, un soulagement. Et la fin, poétique, nous laisse en suspens après une course effrénée, une fuite en avant, celle de Han Gongju, des pas qui frappent le sol, et un chant pour s’échapper, se libérer.

A Cappella (aussi intitulé Han Gong-ju, 2013) de Lee Sujin est :

  • Un drame social coréen contemporain : une lycéenne victime d’un crime et contrainte de changer de lycée et de déménager pendant l’enquête policière, dans la veine des films coréens qui dénoncent les dysfonctionnements de la société (impunité des puissants, silence des institutions)
  • … un cinéma coréen “réaliste et dérangeant” : à la différence des thrillers violents sud-coréens habituels, Lee Sujin remplace la violence physique par une violence psychologique, plus douloureuse pour le spectateur, se rapprochant ainsi de films comme Poetry de Lee Chang-dong ou Peppermint Candy, qui traitent aussi de traumatismes intimes en écho aux failles sociétales
  • un film à structure éclatée (passé/présent) : le récit alterne l’histoire principale avec des flash-backs qui lèvent progressivement le voile sur le passé de la jeune fille, une construction qu’on retrouve dans beaucoup de drames coréens à révélation tardive…
  • … un film presque musical, la mélodie en filigrane : le titre fait référence aux talents de chanteuse de l’héroïne, offrant des moments de grâce (les scènes de chant a cappella) qui contrastent avec la noirceur du sujet, un procédé qui rappelle des films où la musique sert d’exutoire ou de rédemption

Ce mélange entre gravité sociale et sensibilité intime a valu au film plusieurs prix, notamment à Deauville et Marrakech, et une reconnaissance de Martin Scorsese lui-même.

A bord du Darjeeling Limited

Encore un film que j’ai vu maintes fois ! Que dire à part que j’étais soulagée de me régaler avec cette comédie dramatique au sujet de trois frères qui tentent de se réconcilier dans un voyage initiatique sans cesse empêché par des rebondissements rocambolesques. La bande sonore, le choix de mise en scène, le casting américain et indien, tout est très bien ciselé, conçu, monté, amené.

Pour À bord du Darjeeling Limited (2007), Wes Anderson puise principalement dans deux traditions du cinéma indien et associé à l’Inde :

  • Musicalement : la bande originale reprend plusieurs compositions de Ray lui-même, issues de Charulata (1964), Teen Kanya (1961), Jalsaghar (1958) et Joi Baba Felunath (1979)
  • Visuellement : la scène finale où les trois frères Whitman courent après le train fait clairement référence au film de Ray Pather Panchali

Satyajit Ray : le film lui est explicitement dédié. Anderson admirait de longue date le grand maître indien Satyajit Ray et a confié dans une interview que l’œuvre de Ray avait eu une influence considérable sur le film, ajoutant qu’il était la raison même de son voyage en Inde.

En amont, la passion d’Anderson pour l’Inde et son envie d’y situer une histoire viennent du film Le Fleuve (1951) de Jean Renoir, que Martin Scorsese lui avait projeté en privé; Ray avait d’ailleurs été assistant de Renoir sur ce tournage, ce qui crée une filiation directe entre les deux cinéastes.

Anderson a aussi été influencé par les films indiens de Merchant-Ivory avec Shashi Kapoor, empruntant notamment une musique du film Bombay Talkie.

Si le court métrage qui annonçait le film ne présageait rien de bon, en tout cas pas ce genre de films, Wes Anderson se rattrapage dans A bord du Darjeeling Limited partie 2, en offrant là le spectacle de personnages tous aussi jouissivement ridicules les uns que les autres. Une vraie pépite !

À noter : certains critiques (comme Talk Film Society) jugent cette influence assez superficielle, y voyant une compréhension du cinéma indien plutôt “digestible façon Criterion Collection” que profondément ancrée thématiquement; le film ayant aussi été critiqué pour son regard parfois exotisant sur l’Inde comme simple décor de transformation spirituelle occidentale.

à suivre ..

La critique : Insomnia, film de 2002 par Christopher Nolan

Insomnia (2002) occupe une place particulière dans la filmographie de Christopher Nolan : c’est son seul remake (du film norvégien éponyme d’Erik Skjoldbjærg, 1997) et son unique incursion dans un pur film de studio sans son écriture au scénario.

L’intrigue suit un détective de Los Angeles (Al Pacino) envoyé en Alaska pour une enquête sur un meurtre, où le soleil de minuit l’empêche de dormir — d’où le titre. Le film s’inscrit dans la veine du noir scandinave (avant l’explosion du genre dans les années 2010), avec cette idée forte : inverser les codes du film noir classique en remplaçant l’obscurité oppressante par une lumière blanche et aveuglante, tout aussi anxiogène.

Les thématiques et la manière de les aborder sont assez annonciatrices du cinéma de Nolan. Ne serait-ce que les vues des glaciers, la puissance de la nature mise en avant, la détresse du personnage principal, les problèmes de culpabilité, le poids du passé, et l’ambiguïté morale du protagoniste : ce sont les ingrédients principaux d’une recette à la Nolan. Le personnage de Pacino commet une faute qui le ronge, préfigurant les héros moralement compromis de Nolan (rappelant l’excellent Memento, ou le Batman humanisé et noirci de The Dark Knight)

L’autre thématique reste la déstabilisation psychologique par la privation — ici le sommeil, là la mémoire (Memento) ou le temps (Inception, Dunkerque ) : Nolan explore déjà comment l’esprit humain se fragmente sous contrainte.

Le plus gênant dans ce film reste l’imperceptible ressemblance entre les deux personnages (l’antagoniste et le protagoniste) – la relation entre le flic et le tueur (Robin Williams, à contre-emploi remarqué) annonce les duels antagoniste/protagoniste de The Prestige et The Dark Knight.

Film de commande produit par Steven Soderbergh, c’est ici le Nolan le plus “hollywoodien classique”. Je le préfère par sa sobriété et sa sincérité dans le propos, respectueux du polar scandinave et du genre du polar à labyrinthe… sans structure temporelle complexe, sans grand spectacle. Beaucoup de critiques y voient un exercice de style qui lui a permis de gagner la confiance des studios avant Batman Begins.

C’est un film souvent sous-estimé dans sa filmographie, mais essentiel pour comprendre l’évolution de ses obsessions thématiques : un regard de cinéaste passionné de puzzles mentaux; une perspective exclusivement masculine et occidentale ; une vision ambiguë de la justice ; un besoin irrépressible de mettre en avant le passé pour expliquer le futur.


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