20260807_J’ai fait un songe d’une nuit d’été

J’ai fait un songe d’une nuit d’été – édito

Les idées à plat dans les carnets – 🗒️ j’ai rêvé que les songes sortaient des lisières pour devenir forêts. 🌳

Qu’est-ce que je faisais en 1998 ? Après avoir retrouvé l’album de Madonna et écouté cent fois supplémentaires le titre Frozen, les larmes aux yeux, me rappelant à une enfance révolue, je me suis demandé : mais qu’est-ce que je faisais à ce moment-là ?

You’re so consumed with how much you get

You waste your time with hate and regret

You’re broken

When your heart’s not open

Mmm, if I could melt your heart

Mmm, we’d never be apart

Mmm, give yourself to me

Mmm, you hold the key

Frozen de Madonna

Souvent, je rêvais dans le jardin et j’écoutais le murmure du vent dans les branches des saules, le clapotis de l’eau de la rivière. Je n’aimais pas le soleil sur ma peau. Il brûlait. Je n’aimais pas l’herbe sous mes pieds. Je portais des chaussons. J’aimais plutôt la sensation de l’air, la fraîcheur, l’odeur de l’herbe, ce léger parfum d’humidité et de terre, le crissement des insectes et le chant des oiseaux. 

Je découpais des images dans les magazines et j’en faisais des collages. Je me souviens d’une grande maison que j’avais fabriquée avec ces images collées. Magazines de jardinage. Je lisais des livres. Des livres d’enquête. Des livres fantastiques. Des livres où les parents disparaissent. Ne restent que les enfants. Des livres avec des sorcières. Des livres avec des sandwichs et du chocolat chaud. 

J’avais des stylos multicouleurs et je dessinais avec plusieurs crayons dans une seule main. J’allais barboter dans une petite bassine en forme de coquillage. Rouge. J’allais courir en sandales jusqu’à l’arboretum ou pour suivre mon père jeter des déchets à la déchèterie. Il exhumait du tas un objet quelconque, un livre à la couverture douteuse, et il disait, brandissant l’ouvrage « c’est mal de jeter les livres ! ».

Je faisais du roller sur le trottoir. Je buvais du jus d’orange Tropicana et attendant que les minutes passent. J’attendais avec hâte l’école. J’aimais humer les livres et sentir la couverture en plastique, le protège livre des manuels de l’école. Je dessinais une maison. Je donnais la leçon à mes peluches. J’écoutais Madonna et Hélène Ségara et je m’égarais dans la lecture d’un roman de science fiction. J’enregistrais les chansons qui passaient à la radio sur ma cassette. La bande crissait quand je rembobinais.

Il est des choses qu’on n’oublie pas
Des odeurs de grand vent
Et quand l’absence a repris le pas
On voyage hors du temps

Et je revois les vallées d’Irlande
Où les herbes sont un lit aux jupes qui s’étendent
Et la brume dans les vallées d’Irlande
Venait bien souvent nous surprendre

  • Les vallées d’Irlande d’Hélène Ségara

J’ai fait un songe d’une nuit d’été. J’étais allongée sur le dos, à la mi-ombre près des branches du saule. J’écoutais le bruit du silence, le passage régulier des voitures dans la rue. Pas d’ennui. Jamais. Juste la puissance de l’imagination qui m’emmenait dans des univers alternatifs. Une phrase de ma mère, qui me disait de croire en ce que je voulais. J’ai cru un instant en la forme d’un nuage qui me narguait là-haut. C’était un nuage cotonneux et doux qui souriait. Puis une sorcière sur un balai filant aux quatre vents. J’ai craqué une branche pour en faire deux bâtons et je les ai plantés dans le sol. Histoire que ça repousse le sort. Que ça repousse tout court. Histoire de faire nature.

Tout ce que je dis ici semble futile face aux feux du monde … mais le passé s’il éclaire le présent, doit aussi servir à savoir saisir le moment où, considérant nos vies de vivants, nous nous disons « au bout du compte, tout ce qui nous fait tenir debout n’est-il pas en train de disparaître ? ».

T.A.

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La longue liste de DVD

Bridget Jones : L’Âge de raison (2004)

Je continue l’exploration de ma DVDthèque avec quelques classiques. D’abord, Bridget Jones, l’Age de raison. Ce deuxième opus ne s’essouffle pas tant et reprend en partie le roman éponyme, une série de gags semblables au premier, mais avec d’autres enjeux (dont celui de maintenir le couple).

Bridget Jones : L’Âge de raison (2004), a donc 22 ans aujourd’hui et a été réalisé par Beeban Kidron. Renée Zellweger reste attachante, avec ce mélange d’auto-dérision et de vulnérabilité qui faisait le charme du premier film. Colin Firth et Hugh Grant conservent leur alchimie avec elle, et certaines scènes (le fiasco en Thaïlande, les piques entre Mark et Daniel) gardent cet aspect comique recherché.

Oui, le film reprend presque mécaniquement la structure du premier opus plutôt que de faire évoluer les personnages : nouveau triangle amoureux à peine renouvelé, mêmes gags sur le poids et la maladresse de Bridget, même arc narratif de rupture-réconciliation. C’est le problème classique du deuxième volet qui n’a pas vraiment de matière propre — le roman d’Helen Fielding souffrait déjà de ce défaut par rapport au premier, et l’adaptation ne corrige rien.

Avec le recul, certains ressorts comiques ont mal vieilli : l’obsession du poids traitée comme running gag, la caricature de la Thaïlande dans le passage en prison. Le film reste ancré dans une esthétique et une écriture très 2000s du genre “chick-lit”, ce qui peut aujourd’hui sembler daté dans son rapport au corps féminin et à l’humour.

C’est certainement, pour moi, un film sympathique si l’on aime déjà l’univers, porté par le charisme du trio principal, mais qui n’apporte rien de neuf et souffre de la comparaison inévitable avec l’original — plus frais, plus surprenant, mieux écrit. Certaines comédies romantiques des années 2000 sont bien meilleures et vieillissent mieux. Mais j’ai passé un bon moment !

Cabaret

Cabaret (1972) de Bob Fosse est l’un des sommets absolus de la comédie musicale au cinéma — et paradoxalement, un film qui déconstruit le genre autant qu’il l’incarne. Fosse fait un choix radical : tous les numéros musicaux sont diégétiques, cantonnés à la scène du Kit Kat Klub. Pas de personnages qui se mettent soudain à chanter dans la rue façon comédie musicale classique (comme dans Chantons sous la pluie, vue dernièrement). Cette contrainte transforme le cabaret en commentaire ironique et prophétique sur l’action “réelle” — chaque chanson (Money, Mein Herr, Tomorrow Belongs to Me) fonctionne comme un miroir déformant de la montée du nazisme à Berlin, 1931. La scène, si elle reste un microcosme, miroir du macrocosme, devient le décor de la petite histoire enchâssée dans la Grande Histoire, et la montée du fascisme.

Minnelli livre une performance iconique en Sally Bowles — un mélange de fragilité, d’aveuglement volontaire et de vitalité désespérée. Joel Grey en Maître de cérémonie est proprement inquiétant : figure androgyne, presque démoniaque, qui incarne le pouls décadent et menaçant de l’époque. La scène où il chante Tomorrow Belongs to Me dans un jardin en plein air, reprise par un jeune nazi au visage angélique, est un des moments les plus glaçants du cinéma politique.

Le sous-texte politique

C’est un film sur l’aveuglement — celui de Sally, celui de Brian (le personnage de Michael York), celui d’une société entière qui danse pendant que le nazisme s’installe. Fosse ne fait jamais de discours frontal : la montée du fascisme s’infiltre par touches, en arrière-plan, jusqu’à ce qu’elle devienne impossible à ignorer. Mais, nous, en tant que spectateurs, nous voyons cette tension s’installer, le plaisir disparaître, derrière une façade de culpabilité. La colère est sourde. Et le monde ne reste pas aveugle. La musique retranscrit bien l’ironie de la situation.

Le montage de Fosse est chirurgical — il alterne performance et narration avec une précision qui influencera durablement le clip musical et le cinéma de danse. La photographie de Geoffrey Unsworth saisit magnifiquement la décadence trouble du Berlin de Weimar.

Buena Vista Social Club

C’est le film que je conseillerai le plus de cette liste.

Buena Vista Social Club (1999) de Wim Wenders est un documentaire musical devenu culte, porté par une émotion rare et une conscience aiguë de son propre rôle de passeur. Il peut aussi se voir comme s’écouter. Car ce documentaire possède la plus chouette bande sonore de tous les docus existants.

Le projet et son contexte

Wenders suit Ry Cooder (son ami) qui, en 1996, était venu enregistrer un album avec de vieux musiciens cubains ; certains oubliés depuis des décennies, d’autres cireurs de chaussures ou retraités. Le film enregistre les retrouvailles, les sessions d’enregistrement à La Havane, puis les concerts triomphaux à Amsterdam et au Carnegie Hall.

Ce sont les visages et les voix qui portent tout : Ibrahim Ferrer, Compay Segundo, Omara Portuondo, Rubén González au piano. Wenders filme avec une tendresse évidente, laissant le temps aux musiciens de raconter leurs vies, leurs regrets, leur étonnement face à ce succès tardif. La séquence où Ibrahim Ferrer découvre New York, émerveillé comme un enfant, est un des grands moments d’émotion pure du documentaire musical.

La Havane est filmée dans toute sa beauté décrépite : façades décolorées, voitures américaines des années 50, ruines élégantes. Cette esthétique a pu être critiquée comme une forme d’exotisme complaisant, qui romantise la pauvreté cubaine pour un regard occidental. C’est un reproche légitime : le film ne s’aventure jamais vraiment dans la réalité politique et sociale de Cuba sous embargo, préférant une nostalgie dorée. Même si les images selon moi parlent d’elles-mêmes. C’est donc moins un documentaire explicatif et narratif, qu’une série de témoignages libres enchâssés entre enregistrements studios et concerts live.

Le rôle de Ry Cooder, musicien américain “redécouvrant” ces artistes cubains, a aussi été débattu, car, en effet, certains y voient une dynamique néocoloniale du sauveur occidental, d’autres une collaboration sincère qui a permis une reconnaissance méritée et tardive. Toutefois, je tiens à souligner que ce documentaire met en lumière la réconciliation USA – Cuba. Il est donc normal de retrouver les deux acteurs en puissance. Cuba étant le territoire source d’inspiration, nourrissant de ses racines la musique métisse du Buena Vista Social club, et les États-Unis sont une terre d’accueil, fertile à la création, et qui s’oublie souvent… dans des choix infertiles.

C’est un film magnifique sur la musique, la vieillesse et la dignité retrouvée, mais dont le regard esthétisant sur Cuba mérite d’être questionné plutôt que pris pour argent comptant.


Au jardin

Le basilic donne bien. Tous les jours, une odeur d’Italie dans l’assiette… il faut que j’essaie de faire du pesto…

Au jardin, il y a la vigne qui donne bien cette année, après l’avoir taillée en hiver… les fortes chaleurs n’auront pas eu raison de ses grappes. Les mirabelles aussi ont été abondantes, bien que sur un petit arbre de trois ans seulement, cela ne donne pas assez de fruits pour faire une tarte…


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